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La concentration cyclotouriste de 1930 à Cluny

Créé en 1990, le club cyclotourisme de Cluny est l’héritier d’une longue histoire du cyclotourisme en France… et d’événements mémorables en Clunisois !

Entre la fin du 19e et le début du 20e siècle s’opère une lente démocratisation du sport en France : l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (dont Pierre de Coubertin est secrétaire) passe ainsi de 2000 licenciés en 1890 à près de 300 000 licenciés en 1914. Cette période voit également la création des premiers clubs ouvriers parisiens (Le Bon marché en 1897, La Samaritaine en 1899) et de plusieurs fédérations omnisports nationales.

Concernant le cyclisme, deux structures défendant des conceptions complémentaires naissent à quelques années d’intervalle : l’Union vélocipédique de France est créée en 1881 (sur le modèle britannique de la compétition vélocipédique) ; et le Touring Club de France voit le jour en 1890 (pour diffuser le tourisme vélocipédique et le plaisir de l’exploration de la France rurale).

Au fil des années, le Touring Club de France s’ouvrant à de multiples formes de tourisme, des sociétés autonomes de cyclotourisme se fondent un peu partout en France, et finissent par se regrouper en 1923 au sein d’une Fédération française des sociétés de cyclotourisme, toujours active aujourd’hui.

En 1930, le cyclotourisme est donc en plein développement, et la très active société « Le Cyclotouriste » de Lyon rayonne bien au-delà de son agglomération. Dès janvier 1930, elle réserve auprès de ses adhérents le week-end des 26-27 juillet pour une grande excursion. Le choix se portera finalement sur Cluny, pour une grande concentration cyclotouristique réunissant des excursionnistes de six départements différents !

Quelques jours après la manifestation, le Courrier de Saône-et-Loire se fait l’écho de « l’éclatant succès » de ce rassemblement, où « 150 cyclotouristes, venus des quatre coins de la région Est, [ont] répondu à l’appel des organisateurs ».

« Treize clubs ou groupements étaient représentés : Lyon, Villefranche, Roanne, Bourg, Mâcon, Chalon, Autun, Paray, Le Creusot, Montceau, Bourgoin, Dole, sans compter de très nombreux individuels. Lyon, à lui seul, avait fourni une remarquable équipe de 50 touristes »

Le point de ralliement du week-end est fixé au café du Nord (ou café Rolland), sur la place du marché. Les cyclotouristes arrivant en ordre dispersé, le programme du samedi après-midi laisse toute liberté à chacun pour visiter le musée, puis se rendre à son hôtel et dîner « à l’endroit de son choix » à 19h.

La place de l’abbaye, avec le café du Nord et le théâtre municipal au premier étage des écuries de Saint-Hugues, vers 1930 (Archives municipales de Cluny)

Le premier événement du week-end a lieu dans la salle du théâtre à 20h30 pour une causerie intitulée « Le cyclotourisme, comme nous le comprenons et le traitons », dirigée par M. Raymond. « Cette intéressante causerie était agrémentée de projections lumineuses », précise le correspondant du journal. 

Si les notes du conférencier ne sont malheureusement pas parvenues jusqu’à nous, les archives du Conservatoire national des Arts & Métiers préservent un petit opuscule de 1926, qui permet d’imaginer la teneur des débats de l’époque. Extraits : 

« Je ne puis passer sous silence les bienfaits du cyclo-tourisme. Au point de vue physique, c’est un des meilleurs exercices qu’il soit : tous les muscles travaillant dans un rythme cadencé et rationnel. C’est dans l’atmosphère vivifiante du plein air que ces efforts se développent, entretenant l’élasticité de la machine humaine, l’aguerrissant et la fortifiant pour la lutte contre les mille petites misères inhérentes à notre nature.

Au moral, il est indiscutable que le cyclo-tourisme est la plus saine des distractions et la meilleure école d’énergie et de débrouillardise. Quelle que soit la région habitée, il est certain qu’elle a des attraits touristiques qui, pour être différents selon qu’elle est en plaine, en montagne ou qu’elle s’étale au bord de la mer, n’en sont pas moins certains. Il tombe donc sous le sens que les privilégiés qu’attire le plein air, aient recours au cyclo-tourisme pour connaître et apprécier les charmes de notre France et plus particulièrement de la région où ils sont appelés à vivre. »

Ce que tout cycliste doit savoir, par René HOIRY (Bayonne, 1926)

La causerie est conclue par une intervention de M. Daclin, pharmacien de Cluny et surtout président du syndicat d’initiative, qui, en érudit, fait un rapide historique du vieux Cluny et de son abbaye. 
Pour bien terminer la soirée, un « grand concours d’histoires gaies (surtout correctes) » (!) est organisé après la causerie au café du Nord. Les festivités nocturnes se terminant bien assez tard, le rassemblement prévu le lendemain matin à 7h est opportunément décalé à 8h…

Le programme du dimanche matin est en effet chargé, avec tout d’abord une démonstration de l’utilisation du changement de vitesse et du mécanisme de freinage. Pour cela, les cyclistes sont invités à monter le Fouettin « à allure normale », puis à redescendre par la rue de la Poste (actuelle rue Saint-Odile) lors d’une « course de lenteur ». Tous les participants rejoignent enfin la place de l’abbaye pour y exposer fièrement leurs machines. 

La matinée se poursuit par une visite de l’abbaye, de l’école nationale des Arts & Métiers et des principaux monuments de la ville grâce à deux membres du syndicat d’initiative et conclue par le traditionnel vin d’honneur, servi au café Rolland. 
Le grand banquet du rassemblement cyclotouriste de Cluny se déroule à l’hôtel Devif, place du champ-de-foire, au tarif de 19 francs par personne (vin et service compris). Pour animer le repas, le Cyclo-Club Lyonnais a organisé une tombola, permettant aux heureux gagnants de repartir avec un souvenir supplémentaire de « cette magistrale journée si bien employée ».

Il est déjà 15h quand les cyclistes s’élancent dans un superbe défilé en ville, chaque groupement roulant sous la direction de son capitaine de route respectif. 
Vient enfin l’heure de la dislocation : après ce « séjour trop court à Cluny », chacun doit regagner sa contrée. Ainsi, chalonnais, dijonnais, dolois, autunois et même mâconnais se mettent en route ensemble, ces derniers ne craignant pas de faire « un grand crochet pour faire un brin de conduite avec leurs amis ».

Extrait de la Carte routière pour automobilistes et cyclistes – Centre de la France – Section Est (Ville de Paris)

Les contacts ayant été pris entre les différents groupements, « rendez-vous a été pris pour multiplier de semblables sorties et resserrer les liens d’amitié entre tous les membres de la grande famille des cyclotouristes », assure le chroniqueur local !


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